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Interview de Yann Arthus-Bertrand

À PROPOS DU FILM HOME

 

INTERVIEW DE YANN ARTHUS-BERTRAND VENDREDI 29 MAI 2009

(propos recueillis par Jean Dulon)

 

 

AMBIANCE

 

Comment ça se passe, on est à J-7, on va avoir 100 millions de spectateurs ?

 

Tu sais, je suis pas là pour battre des records.

L’idée était de faire un film, le film est fait et il est fini. Je gère plutôt l’après-vente, et là , je peux  plus rien toucher.

Jusqu’à présent le film a été montré à personne, mais là, on s’aperçoit qu’il vaut mieux le montrer aux journalistes avant la sortie du 5 juin. Si on veut que les gens viennent voir HOME, il faut que le public sache que le film a un très gros retour de la part de ceux qu’ils l’ont vu.

 

Tu as l’air d’être assez apaisé pour quelqu’un qui court partout pour faire la promo de HOME ?

 

C’est qu’aujourd’hui, je me suis beaucoup, beaucoup battu pour que le film soit gratuit et il est gratuit. En plus, les gens qui le voient semblent comprendre ce qu’on a voulu faire. D’ailleurs, c’est marrant, les gens ne me parlent pas du film, ils me disent : « Qu’est-ce que je dois faire ? ». 

J’étais hier soir ( jeudi 28 mai) à l’Élysée, on l’a montré à Sarkozy, et pendant la projection privée, les gens qui étaient là , d’habitude toujours  super distraits par leurs portables ou leur blackberry, sont restés littéralement scotchés jusqu’à la fin du film. Complètement dans le film , et là , je me suis dit que ça allait marcher.

Une petite anecdote : il y a 2 versions de HOME, une version télé de 1h30 et une version cinéma de 2h. Marin Karmitz (producteur de MK2), à la fin de la projection me dit : « Pourquoi t’as  pas montré la version de 2h ? »

Je lui réponds « Mais c’était la version de 2 heures ! ». Pour Karmitz, il pensait qu’il avait vu la version courte alors qu’il venait de voir la version longue !. C’est un bon signe. Et en plus, tout en me disant qu’il avait adoré HOME, il a ajouté qu’il était fier de porter notre message.

C’est là-dessus qu’on se rend compte que le film va marcher, parce qu’il a touché les gens. Je suis donc apaisé dans la mesure où je n’ai plus l’inquiétude sur la façon de faire passer le message.

 

Et, ça peut générer un mouvement, une conscience ?

 

Faut pas non plus exagérer. On va pas non plus changer le Monde, mais on a réussi à faire un film sans droits qui va être distribué dans le monde entier, et puis les gens de cinéma sont venus avec nous, et c’est la première fois qu’un film passe sur Internet gratuitement sans être piraté, puis au cinéma et à la télé. Et je remercie les exploitants de salles qui ont joué le jeu et qui ont compris que HOME aujourd’hui portait en lui un message important et ils avaient envie d’en faire partie.

 

LE FILM DE TOUT LE MONDE :

 

Et puis, c’est pas mon film, ce qu’il faut c’est que tout le monde soit fier de montrer  que ce film, les gens se le partagent , se l’approprient, c’est ça qui m’intéresse.

 

 

OBAMA :

 

Est-ce qu’il y a une chance pour qu’il voit HOME, le soir du 5 juin en Normandie ?

 

Sarkozy m’a dit qu’il allait le passer à Obama. Donc, on va lui faire passer un DVD en anglais et                              il va le lui donner. Comme ça , s’il a envie de le regarder, il le regardera …et  j’adorerai qu’Obama le voit. 

 

 

 

 

 

 

 

 

FILM DE PHOTOGRAPHE :

 

On voit qu’il s’agit d’un film de photographe. Les cadrages sont ceux d’un photographe ?

 

C’est vrai. Mais tu sais en fin de compte, c’est un peu la Terre Vue du Ciel que j’ai fait. J’ai repris le même  cadrage. C’est vraiment un film de photographe. Il y a beaucoup de travail sur la lumière. On essaye  en permanence d’être dans la beauté, et d’ailleurs chaque fois qu’un photographe fait un film, ça se voit tout de suite. Et c’est en ça qu’on voit que c’est mon film parce que ça ressemble à ce que je fais depuis des années. J’avance en hélicoptère, constamment à chercher le meilleur angle, le meilleur cadrage.

 

FILM DOCUMENTAIRE :

 

C’est un film très documentaire. On explique l’histoire extraordinaire de la vie, on explique l’histoire de l’arrivée de l’homme et comme c’est une espèce intelligente et formidable, mais tellement intelligente que voilà, on est en train de gâcher le confort que la terre nous a donné.

On va trop loin, on gâche, alors que si on économisait, on pourrait encore profiter de la terre pour longtemps.

 

 

LES PISTES DE LA « DÉCROISSANCE » :

 

 

Tu donnes des pistes aussi, il y a un certain chemin d’espérance ?

 

On n’est pas des grands gourous. On n’a pas de réponse, tu penses bien que si j’avais la réponse, tout le monde le saurait. La réponse que moi j’ai, c’est d’accepter une « décroissance ».

Pas une décroissance négative mais, vivre mieux avec moins.

C’est pas revenir à la chandelle, ça veut rien dire, c’est vivre avec ce dont on a besoin. Est ce qu’on a besoin d’avoir tout ça ? On vit dans un monde de gâchis, alors qu’il y a des gens qui ne gâchent rien parce qu’ils ont juste ce qu’il faut , voilà le film , c’est un peu ça, cette espèce de prise de conscience de notre façon de vivre, on vit dans un confort inouï.

On est 1 milliard et demi à vivre comme nous sur la terre, et il y a 2 milliards d’habitants qui travaillent encore la terre à la main, et dont la seule ambition est de nourrir leurs enfants, mais pour ces gens-là , nous sommes un paradis, un modèle incroyable et tout le monde a envie de vivre comme nous. Alors, il faut une prise de conscience pour changer. Et si on demande aux gens de changer, pourquoi ils changeraient si on ne leur explique pas pourquoi ? Moi, j’essaie de leur expliquer un petit peu pourquoi.

Et c’est marrant parce tout le monde veut des solutions, mais c’est chacun de nous qui a une partie de la solution. C’est extrêmement naïf et utopiste de dire ça mais quelque part il y a une vérité là-dedans,   c’est ensemble qu’on va y arriver.

 

LE COUP DE GÉNIE D’UN CARRIÈRE :

 

Le coup de génie de ta carrière, c’est d’être monté en haut, de t’être élevé en l’air ?

 

Un photographe, c’est quelqu’un qui a tendance  à aller un peu partout, un jour on nous demande de travailler  pour un magazine d’actualité, un jour pour de la pub, pour de la mode ou pour le sport, et c’est difficile de se recadrer sur une seule chose. Et moi, j’aime bien aller jusqu’au bout. Et un jour, j’ai découvert l’aérien en vivant Kenya, et j’ai découvert que ça m’amenait une façon de travailler et une perspective vraiment différente, et je me suis dit, c’est ça  ce que j’ai envie de faire et c’est ce qui m’a donné envie d’aller plus loin. L’aérien, le fait de voler, ce qui est génial, c’est qu’on peut prendre un sujet sous-tous les angles,

on peut être très loin au téléobjectif ou à la verticale, on peut tourner autour, il y a une espèce de magie à chercher le meilleur angle et les possibilités sont inouïes, alors qu’au sol, on est quand même plus limité, l’aérien, tu as un truc en plus.

 

TECHNIQUE :

 

Quel type de caméra pour un film exclusivement tourné en hélicoptère ?

 

C’est une caméra Haute Définition qui a un piqué incroyable et qui vient des caméras militaires américaines, ce qui d’ailleurs nous a valu pas mal de problèmes dans certains pays comme la Chine ou la Syrie, où on nous a interdit de l’utiliser dans la mesure où à l’origine, c’est une caméra qui sert à repérer des cibles pour envoyer des missiles ! Bref, c’est une caméra hyper précise et hyper stable qui permet de zoomer très loin, et c’est pour ça que lorsqu’on filme les gens ne nous regardent pas, les gens ne voient pas qu’on les filme parce qu’on est très loin, et qu’on s’approche le plus doucement possible pour pas qu’ils s’arrêtent de faire ce qu’ils ont à faire et que tout reste naturel.

 

 

 

NICE

 

Tu es content que le film soit projeté en plein air et sur écran géant à Nice?

 

Bien sûr, je suis content d’être dans le Vieux Nice mais je suis content aussi d’être à Central Park ou à Paris. Plus, il y a de gens qui montrent le film, plus c’est génial.

Et puis, c’est un film qui a été fait pour le cinéma, donc, à priori, si on peut, il faut le voir en grand écran comme ça va être chez vous.

 

 

 

 

ENGAGEMENT

 

Comment faire en sorte que tout ça dure ?

 

Moi, je dis, il faut s’engager. Il y a tellement d’associations qui existent dans le monde. Il y a tellement de gens qui font du bénévolat, des gens qui dans l’anonymat font des choses qu’on ne connaît pas. Et moi, je voudrais me servir de mon rôle comme Ambassadeurs des Nations Unies (NDLR nomination) pour mettre ces personnes exemplaires en valeur et mon émission de télévision va aussi les mettre en avant.

Je dis souvent que l’engagement rend heureux. Les personnes qui s’engagent, elles ont un truc ensemble. Et par exemple, pour HOME, tous ces gens qui se sont engagés et avec lesquels j’ai travaillé, beaucoup sont venus bénévolement et ils ont fait plus qu’ils devaient faire et même si le mot peut paraître grandiloquent, ils se sentaient investis d’une mission pour un film qui va être vu par des millions de personnes et qui porte un message fort. Alors, on doit être bon, on doit donner plus que ce qu’on donne d’habitude. Et je pense que beaucoup de gens sur ce film ont compris ça.

 

 

 

CINÉMA O.N.G. :

 

Ce film, c’est pas un film de Yann Arthus-Bertrand, c’est un film qui nous appartient et on doit le partager à plusieurs, et la chance qu’on a eu de ne pas avoir de copyright , c’est ce que je voulais, et ça a tout changé , c’est un cinéma généreux, un cinéma de partage, un cinéma ONG.

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